Compte Rendu SPI-CNRS-Japon

Mis en ligne par J.P. Briot

Compte Rendu SPI-CNRS-Japon

Fichier : fluides_95.html

Auteurs : F. Anselmet et E. Arzoumanian

Mots-clés : mécanique des fluides, mission, laboratoires, coopérations.

Date : Automne 1995

Résumé

Cette mission a été organisée afin de prospecter les possibilités de développement de collaborations scientifiques entre notre laboratoire, voire, plus généralement, les laboratoires marseillais qui travaillent sur des thèmes liés à la mécanique des fluides, et des scientifiques japonais.


INSTITUT DE RECHERCHE SUR LES PHENOMENES HORS EQUILIBRE

UMR CNRS / Universités Aix Marseille I & II

Technopôle de Château-Gombert - Marseille
 
 
 
 

Rapport de mission de prospection au Japon
 
 

par




F. Anselmet (*) et E. Arzoumanian (**)

* Chargé de Recherche CNRS, I.R.P.H.E. / Equipe Turbulence
** Ingénieur de Recherche EN, Directeur des Relations Internationales U. Aix-Marseille II
 
 
 

Décembre 1995
 
 



Mission effectuée du 24 Septembre au 4 Octobre 1995

Projet n° 43910 "Systèmes Dynamiques et Mécanique des Fluides",

financé par l'Ambassade de France à Tokyo

SOMMAIRE








Contexte général 2

Programme détaillé de la visite 3

Présentation des différents laboratoires, universités et

centres de recherche visités 6

Conclusion et perspectives de collaboration 13
 
 

Contexte général




Cette mission a été organisée afin de prospecter les possibilités de développement de collaborations scientifiques entre notre laboratoire, voire, plus généralement, les laboratoires marseillais qui travaillent sur des thèmes liés à la mécanique des fluides, et des scientifiques japonais. Sa mise sur pied a été facilitée par plusieurs facteurs, dont le principal est la présence au sein du Département de Mechanical Engineering de l'Université de Tokyo d'un ancien étudiant thésard de l'équipe a laquelle est rattaché F. Anselmet : M. Benhalilou travaille en effet comme chercheur en séjour post-doctoral depuis l'été 1993 dans l'équipe du Professeur Kasagi. En outre, l'organisation de ce séjour a été largement facilitée par la volonté clairement affichée de la direction du CNRS de développer de telles collaborations avec le Japon, notamment par l'intermédiaire des Programmes Internationaux de Coopération Scientifique (PICS). C'est donc pourquoi nous avons été amené à déposer auprès de l'Ambassade de France à Tokyo un dossier de demande de financement d'une mission de prospection au Japon pour deux personnes. E. Arzoumanian a tout naturellement été associé à ce voyage puisqu'il occupe depuis quelques mois la fonction de Directeur des Relations Internationales à l'Université de la Méditerranée (Aix-Marseille II), après avoir été au niveau de notre laboratoire le coordinateur des échanges internationaux.

Le programme de visites et de conférences qui a été mis sur pied grâce à l'aide de M. Benhalilou était, comme nous le verrons, particulièrement ambitieux puisqu'il comprenait la visite de sept centres universitaires à Tokyo, Kyoto, Nagoya et Chiba, ainsi que trois centres de recherche à vocation industrielle situés dans la région de Tokyo. Nous allons donc dans ce rapport faire le bilan de ces différentes visites et présenter les possibilités de collaboration qui se sont dégagées pour l'avenir.

Nous tenons bien-sûr à vivement remercier les personnes qui, outre M. Benhalilou, ont permis à ce projet de voir le jour :

A l'Ambassade de France à Tokyo,

Monsieur Verchery, Attaché pour la Science et la Technologie,

Madame Konishi, Responsable de son secrétariat;

Au Ministère des Affaires Etrangères à Paris,

Madame Bedo, Chargée de mission au Bureau Asie-Pacifique;

Enfin, toutes les personnes qui, dans les différents laboratoires, universités et centres de recherche, ont organisé les visites et ont ainsi assuré la pleine réussite de cette mission de prospection.

Programme détaillé de la visite





Samedi 23 Septembre

Arrivée à l'Aéroport de Tokyo - Narita Airport

Dimanche 24 Septembre

Visite libre de Tokyo et ses environs

Lundi 25 Septembre

Matin :

Visite du Tokyo Institute of Technology (Ohokayama, Meguro-ku, Tokyo)

Laboratoires des Professeurs K. Hijikata, T. Miyauchi et H. Yoshida

Après-midi :

Visite de l'Institute of Industrial Sciences (Roppongi, Minato-ku, Tokyo)

Laboratoires des Professeurs S. Murakami, N. Taniguchi et A. Yoshizawa

Conférence donnée par F. Anselmet

Mardi 26 Septembre

Matin et Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Hongo, Bunkyo-ku, Tokyo)

Laboratoires des Professeurs N. Kasagi et C. Arakawa

Courtes présentations orales de chacun des étudiants du laboratoire du Professeur N. Kasagi

Conférence donnée par F. Anselmet

Conférence donnée par E. Arzoumanian

Mercredi 27 Septembre

Matin :

Visite du Ship Research Institute (Shinkawa, Mitaka, Tokyo)

Laboratoires de H. Tomita et Y. Kodama

Après-midi :

Visite du National Aerospace Laboratory (Jindaji-higashi, Chofu, Tokyo)

Visite des différentes installations et souffleries sous la conduite de T. Yoshida

Jeudi 28 Septembre

Matin et Après-midi :

Visite de l'usine Ishikawa Heavy Industries (Tonogaya, Mizuho, Tokyo)

Visite du Département recherche et développement, des différentes installations de ce département, ainsi que des ateliers de montage et de réparation des moteurs d'avion sous la conduite de T. Maya

Conférence donnée par F. Anselmet

En soirée, départ pour Kyoto par le train rapide Shinkensen

Vendredi 29 Septembre

Matin et Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Kyoto)

Laboratoires des Professeurs H. Suzuki et S. Kida

Conférence donnée par F. Anselmet

Conférence donnée par E. Arzoumanian

Samedi 30 Septembre et Dimanche 1 Octobre

Visite libre de Kyoto et ses environs

En soirée, le dimanche, départ pour Nagoya par le train rapide Shinkensen

Lundi 2 Octobre

Matin :

Visite du Nagoya Institute of Technology

Laboratoire du Professeur Y. Nagano

Conférence donnée par F. Anselmet

Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Nagoya)

Laboratoires des Professeurs Y. Nakamura et T. Takeno

Conférence donnée par F. Anselmet

En soirée, départ pour Tokyo par le train rapide Shinkensen

Mardi 3 Octobre

Matin :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Chiba)

Visites des laboratoires des Professeurs H. Honma et K. Maeno

Après-midi :

Réunion de synthèse avec le Professeur G. Verchery, Conseiller Scientifique à l'Ambassade de France à Tokyo

Mercredi 4 Octobre

Départ de l'Aéroport de Narita
 
 

Présentation des différents laboratoires, universités et

centres de recherche visités





Lundi 25 Septembre
 

Matin :

Visite du Tokyo Institute of Technology (Ohokayama, Meguro-ku, Tokyo)

Nous avons tout d'abord rendu visite au Dr Horiuti, dont les préoccupations essentielles sont liées à la modélisation des écoulements turbulents par diverses techniques, dont en particulier les Simulations Numériques Directes (DNS) et les Simulations des Grandes Echelles (LES). Ce chercheur est également très intéressé par tous les problèmes liés au transport et au mélange par la turbulence d'un scalaire passif comme la température, et une discussion très intéressante s'est donc engagée en particulier avec F. Anselmet qui a beaucoup travaillé ces quatre dernières années sur certains aspects théoriques et expérimentaux liés à ces problèmes.

Puis, nous avons été reçus par le Professeur Hijikata, qui est le responsable de ce Département (Mechanical Engineering). Celui-ci nous a surtout présenté des résultats expérimentaux obtenus avec une technique originale découlant de l'holographie en tunnel hydrodynamique, qui concernent le champ de pression et, plus particulièrement, les corrélations entre les fluctuations de vitesse et de pression, grandeurs très difficilement mesurables mais d'un intérêt crucial pour les problèmes de turbulence.

Enfin, nous avons clos cette visite par la toute jeune équipe travaillant avec le Professeur Yoshida. Ses recherches sont principalement expérimentales et ont, pour certaines d'entre elles, un aspect plutôt controversé, comme pour ce qui concerne l'étude sur l'effet d'une distorsion forte (à section constante) sur les tensions de Reynolds - ou corrélations entre les différentes composantes du vecteur vitesse. Des études sur le contrôle actif d'écoulements à l'aide d'ondes générées par un haut-parleur sont également menées dans cette équipe. Après avoir déjeuné avec ces différentes personnes, nous sommes retournés vers le centre de Tokyo, guidés par un étudiant, pour les visites de l'après-midi.
 

Après-midi :

Visite de l'Institute of Industrial Sciences (Roppongi, Minato-ku, Tokyo)

Nous avons tout d'abord été accueillis par le Professeur Yoshizawa, qui nous a expliqué l'organisation administrative de ce laboratoire, puis F. Anselmet a donné une conférence sur ses recherches sur les Ecoulements de jets avec fortes variations de masse volumique, à laquelle ont assisté environ une vingtaine de chercheurs et d'étudiants doctorants.

Puis, nous avons visité plus en détail quelques équipes de ce laboratoire. En particulier, le Professeur Murakami conduit des études tout à fait originales sur les écoulements en vue d'applications dans le domaine de l'environnement ou de la ventilation des locaux. Pour cela, sont effectuées des essais sur des maquettes, puis un important travail de modélisation numérique est développé. Nous avons tous les deux été très impressionnés par l'originalité et le sérieux de ces travaux, dans un domaine où très souvent des approximations simplificatrices grossières sont utilisées. Nous avons ensuite rencontré les Professeurs Kobayashi et Saga, dont l'équipe travaille à la fois sur des modélisations du type LES pour des écoulements de sillage ou de canal pleinement turbulent et sur des techniques expérimentales originales basées sur des mesures de vitesse et de température par suivi de capsules à cristaux liquides.
 

Mardi 26 Septembre
 

Matin et Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Hongo, Bunkyo-ku,

Université de Tokyo)

Nous avons passé la journée entière avec les chercheurs et les étudiants (environ vingt personnes au total, dont une dizaine de doctorants) travaillant avec le Professeur Kasagi. Cette visite présentait en effet pour nous un très grand intérêt puisque c'est dans cette équipe que M. Benhalilou travaille depuis plus de deux ans comme visiteur en séjour post-doctoral (sa bourse et ses travaux sont financés par le JSPS). Il faut en outre signaler que le Professeur Kasagi est au niveau japonais responsable et/ou coordinateur de nombreuses actions à caractère scientifique soit internes au Japon soit en relation avec les autres pays (il est par exemple co-éditeur de trois revues scientifiques de haut niveau et co-responsable de la planification de plusieurs congrès internationaux dont l'organisation effective est attribuée à tour de rôle à différentes universités).

Le Professeur Kasagi nous a donc tout d'abord accueillis pour nous présenter de façon globale ses diverses activités ainsi que les différents thèmes de recherche sur lesquels son équipe travaille. Soulignons que cette présentation s'est déroulée de façon très originale à l'aide du menu déroulant qu'il a préparé sur le réseau Internet : on peut ainsi connaître les différentes activités de chacun des chercheurs et étudiants, ainsi que les différentes techniques expérimentales et numériques que ceux-ci utilisent. Des bases de données issues de ces travaux, parmi ceux qui sont les plus originaux, sont également disponibles, soit pour illustrer les présentations, soit même pour être exploitées par d'autres scientifiques à travers le monde.

Puis, six des étudiants nous ont fait chacun une présentation d'environ vingt minutes de leurs activités de recherche. Sans entrer dans les détails, nous indiquerons que la plupart de ces travaux sont basés sur des techniques numériques - notamment les LES - et que la majorité d'entre eux concernent les propriétés des écoulements de canal turbulent avec différents dispositifs de contrôle ou de manipulation (parois oscillantes, rainures creusées dans la paroi, convection dans un canal vertical dont une face est chauffée et l'autre refroidie, ...). Tous ces travaux ne peuvent bien-sûr être développés que grâce à des calculateurs très puissants, dont la majorité d'entre eux a pu être installée dans les locaux du laboratoire en raison de ses nombreuses activités contractuelles ou de prestations avec l'industrie. Nous avons enfin, juste avant le repas de midi, visité les installations expérimentales qui avaient fait la renommée du laboratoire il y a quelques années, grâce à la mise au point de la méthode de suivi de particules (PTV) pour la mesure tri-dimensionnelle du champ de vitesse. Malheureusement, en partie à cause d'un manque flagrant de locaux bien adaptés, ces installations ne sont pratiquement plus utilisées à présent.

Après le repas de midi, nous avons rencontré assez longuement le Professeur Arakawa qui travaille, avec sa propre petite équipe, sur des simulations numériques d'écoulements supersoniques ou de turbomachines, thème sur lequel E. Arzoumanian a beaucoup travaillé d'un point de vue expérimental. Ce Professeur s'intéresse en particulier à l'optimisation des systèmes de pâles afin d'éviter l'apparition de régions sujettes à des chocs supersoniques. Enfin, chacun de nous deux a donné un séminaire auquel ont assisté environ vingt-cinq personnes (F. Anselmet : Statistiques conjointes de la température et de sa dissipation en écoulements turbulents cisaillés et E. Arzoumanian : Recherches sur les écoulements supersoniques). A l'issue de ceux-ci, un petit apéritif a été organisé afin que nous puissions discuter de façon plus informelle des thèmes d'intérêt commun et dégager des possibilités de futures collaborations.
 

Mercredi 27 Septembre
 

Matin :

Visite du Ship Research Institute (Shinkawa, Mitaka, Tokyo)

Nous avons été accueillis dans cet institut - affilié au Ministère des Transports - par le Professeur Kodama. Celui-ci est responsable de la Division Performance des Navires dans laquelle une jeune française, F. Larrarte, effectue son stage post-doctoral. L'institut comprend dix divisions, ce qui représente environ 250 personnes qui y travaillent en permanence. Il est équipé de deux bassins d'essais de carènes, dont le plus grand a 400 mètres de long, sur 18 mètres et 8 mètres de profondeur. Il y a également un grand bassin extérieur qui permet de générer des houles de différentes natures et, en particulier, des houles obliques. Nous avons visité, notamment en présence du Professeur Tomita qui collabore depuis plusieurs années avec les chercheurs de l'équipe Interactions Océan-Atmosphère de notre laboratoire, ces différentes installations. Signalons d'ailleurs que notre visite a permis la signature d'un contrat de recherche avec ce Professeur. Néanmoins, le bassin qui nous a de beaucoup le plus impressionnés est celui qui permet de simuler le comportement des glaces polaires à la surface de l'océan et d'étudier, en particulier, les mécanismes de rupture de celles-ci par un navire en avancement.
 

Après-midi :

Visite du National Aerospace Laboratory (Jindaji-higashi, Chofu, Tokyo)

Nous avons visité les différentes installations et souffleries de ce grand centre de recherche sous la conduite du Dr Yoshida. Il s'agit d'un établissement public civil qui dépend du Ministère des Sciences et de la Technologie. Nous avons pu visiter un nombre important de moyens d'essais variés liés aux problèmes d'aéronautique et de combustion. C'est en particulier cet établissement qui conduit la majeure partie des études pour la réalisation par le Japon de sa navette spatiale. Nous citerons donc plus spécialement les recherches menées sur le refroidissement par air des éléments de turbines à l'aide d'astucieuses doubles parois, sur la combustion supersonique (nombre de Mach entre 2 et 5) et la réduction de l'émission des NOx, ou sur la génération d'ondes de choc en écoulement transsonique. Mais deux installations nous ont plus particulièrement intéressés. Il s'agit, d'une part, d'une série de chambres anéchoïques pour l'étude de la génération et des possibilités de réduction du bruit généré par divers dispositifs aérodynamiques comme des jets. Et, d'autre part, de la très grosse soufflerie hypersonique qui permet d'effectuer des essais sur des maquettes de la navette. Pour cela, deux veines sont disponibles, l'une, de diamètre 50 cm, peut fonctionner à des nombres de Mach égaux à 5, 7, 9 ou 11 et l'autre, de diamètre, 127 cm, fonctionne à Mach 10 uniquement. Ces deux veines sont alimentées par une grosse sphère d'air sous haute pression et elles s'évacuent dans une autre sphère dont le niveau de la dépression par rapport à l'air ambiant peut être varié pour ajuster le nombre de Mach. Compte-tenu de tous les problèmes liés à son fonctionnement, cette installation peut effectuer au plus cinq essais par mois, d'une durée maximale de 60 secondes chacun.
 

Jeudi 28 Septembre
 

Matin et Après-midi :

Visite de l'usine Ishikawa Heavy Industries (Tonogaya, Mizuho, Tokyo)

Nous avons visité le Département Recherche et Développement de cette usine de moteurs d'avion, dont plusieurs de ses installations d'essais, sous la conduite du Dr Maya. Cette usine n'est en fait qu'un petit sous-ensemble du Consortium I.H.I., qui est également largement implanté dans d'autres activités lourdes comme la construction de gros navires de commerce, de ponts routiers métalliques, ou de turbines à gaz pour la production d'énergie électrique. Notons qu'une grande partie de ces études est effectuée - pour ce qui concerne notre domaine - en collaboration étroite avec le National Aerospace Laboratory, notamment pour ce qui est lié aux entrées d'air supersoniques, à la réduction des courants de retour sur les pâles de turbines, ou à la combustion supersonique. C'est d'ailleurs sans doute l'une des raisons pour lesquelles la plupart des dispositifs expérimentaux que nous avons visités nous ont paru peu utilisés, l'essentiel des développements semblant être dorénavant faits par I.H.I. à l'aide d'outils de modélisation numérique.

En début d'après-midi, nous avons également visité certains ateliers de montage et de réparation de ces moteurs, ce qui semble représenter l'essentiel des activités de ce site industriel. Puis, une conférence a été donnée par F. Anselmet (Ecoulements de jets avec fortes variations de masse volumique) devant une dizaine de scientifiques spécialistes de mécanique des fluides ou de combustion.

En soirée, nous sommes partis pour Kyoto par le train rapide Shinkensen.
 

Vendredi 29 Septembre
 

Matin et Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Université de Kyoto)

Nous avons été accueillis dans le laboratoire des Professeurs Suzuki et Kida. Après celui du Professeur Kasagi à Tokyo, il s'agit du deuxième laboratoire universitaire en mécanique des fluides et turbulence au Japon, puisqu'ils encadrent une dizaine d'étudiants dont cinq sont en cours de préparation de leur doctorat. Leurs études sont essentiellement centrées sur des problèmes liés aux transferts de chaleur, dans des configurations d'écoulements complexes proches d'applications industrielles (écoulements autour de cylindres placés près d'une paroi appelés aussi LEBUS, écoulements de jets impactant sur une paroi, ....). Ces recherches sont menées à la fois expérimentalement et à l'aide de modélisations numériques plus ou moins sophistiquées. Néanmoins, là aussi, la disposition des installations expérimentales manque visiblement de place pour être optimale.

Dans l'après-midi, F. Anselmet (Ecoulements de jets avec fortes variations de masse volumique) et E. Arzoumanian (Recherches sur les écoulements supersoniques) ont donné chacun une conférence qui a été suivie par une vingtaine de personnes, dont certaines qui ne sont pas rattachées au laboratoire du Professeur Suzuki. Le dimanche 1 octobre dans l'après-midi, nous sommes revenus à Nagoya par le train Shinkensen.
 

Lundi 2 Octobre
 

Matin :

Visite du Nagoya Institute of Technology

C'est le Professeur Nagano qui nous a accueillis dans son laboratoire (environ dix personnes au total) spécialisé dans les problèmes de base liés à la turbulence, que ce soient des aspects expérimentaux ou des méthodes de modélisation numérique. Il a en particulier beaucoup étudié expérimentalement ces dernières années les couches limites turbulentes avec un gradient de pression adverse, pour lesquelles il existait encore une controverse à propos de l'évolution des profils de vitesse moyenne et turbulente, ainsi que de l'influence du gradient de pression sur l'organisation des structures cohérentes, et ses travaux servent maintenant de référence en la matière. Il a également mis au point une technique très originale d'anémométrie à fil chaud avec un fil (diamètre de l'ordre de 5 mm) plié en deux en forme de V dans le sens de la longueur. Ceci permet d'atteindre avec une grande précision la composante de vitesse normale à la paroi dans un écoulement de couche limite, ainsi que la corrélation avec la composante longitudinale, puisque le nombre de broches supportant le fil plié n'est alors que de 2. Au contraire, ces grandeurs sont très difficilement mesurables dans le proche voisinage de la paroi avec les sondes classiques où deux fils sont croisés et soudés en X, puisque 4 broches sont alors nécessaires. Concernant l'aspect des modélisations numériques, le Professeur Nagano a développé avec ses collaborateurs des méthodes très performantes pour bien prendre en compte les mécanismes de mélange d'un scalaire comme la température, en utilisant des termes de corrélations triples entre le champ de vitesse et les fluctuations de température. La visite des différentes installations expérimentales a confirmé l'impression très favorable que nous avions ressentie lors de la discussion scientifique. Ainsi, c'est dans ce laboratoire que nous semblent être menées les meilleures recherches à caractère vraiment fondamental. La matinée s'est achevée par une conférence donnée par F. Anselmet (Statistiques conjointes de la température et de sa dissipation en écoulements turbulents cisaillés) devant environ quinze chercheurs et étudiants.
 

Après-midi :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Université de Nagoya)

Après le repas, nous avons ensuite été conduits à l'Université de Nagoya, où nous avons visité les laboratoires des Professeurs Nakamura et Takeno. Le premier conduit des recherches de base sur la turbulence, en particulier sur les écoulements de couche limite se développant sur un cylindre en rotation autour de son axe, que E. Arzoumanian avait aussi étudiés il y a quelques années. Le second travaille essentiellement sur des problèmes liés à la combustion, ce qui nécessite la mise en oeuvre de méthodes expérimentales basées sur des diagnostics optiques par lasers assez lourdes. En fin d'après-midi, une conférence a été donnée par F. Anselmet (Ecoulements de jets avec fortes variations de masse volumique). Puis, en début de soirée, nous sommes repartis pour Tokyo par le train rapide Shinkensen.
 

Mardi 3 Octobre
 

Matin :

Visite du Department of Mechanical Engineering (Chiba)

Nous avons consacré notre dernière demi-journée d'étude à la visite des laboratoires des Professeurs Honma et Maeno. Ceux-ci travaillent essentiellement sur des écoulements dans des tubes à chocs, qui permettent d'atteindre des conditions supersoniques ou hypersoniques avec des nombres de Mach compris entre 4 et 10, pour des durées de l'ordre de quelques millisecondes. Il existe même un tube à choc fonctionnant avec de l'hélium qui permet d'atteindre des nombres de Mach voisins de 40. Les diagnostics optiques qu'ils utilisent sont très pointus, impliquant des lasers sophistiqués qui fournissent une très haute énergie par pulses successifs très courts (quelques nano-secondes de durée, avec un taux de répétition de quelques pulses par seconde). C'est ce qui explique pourquoi J.C. Prat, un ancien étudiant doctorant de l'équipe Interaction Laser-Matière de notre laboratoire effectue là-bas son séjour post-doctoral. La plupart de ces recherches sont bien-sûr largement liées au développement de la navette spatiale, que ce soit pour ce qui est des études en aérodynamique proprement dites ou d'autres études qui concernent, elles, le comportement de certains matériaux soumis à de très hautes énergies par des pulses laser qui en provoquent l'ébullition (cavitation) locale. L'ensemble de ces recherches nous a semblé être mené avec beaucoup de soin et de sérieux, dans des conditions particulièrement délicates, ce qui nous a beaucoup impressionnés.
 

Après-midi :

Réunion de synthèse avec le Professeur Verchery, Conseiller Scientifique à l'Ambassade de France à Tokyo

De retour à Tokyo, nous avons effectué avec le Professeur Verchery la synthèse de notre mission. A ce titre, nous avons en particulier rappelé que E. Arzoumanian avait mis à profit ce voyage pour faire avancer deux projets de collaboration entre notre laboratoire et, d'une part, le Ship Research Institute et, d'autre part, l'Université de Chiba, qu'il était difficile de mener à terme depuis la France. Nous avons ainsi compris que les délais importants auxquels nous avions à faire face résultaient du fait que nos partenaires japonais cherchaient à chaque fois à impliquer plusieurs Départements de la même Faculté sur un même projet, alors que nous n'en envisagions qu'un seul a priori. Un autre point important que nous avons discuté était la possibilité avancée par E. Arzoumanian d'établir au niveau universitaire des programmes de reconnaissance réciproque de cursus d'enseignement. Les étudiants impliqués dans ce genre d'échanges suivent alors certains enseignements et passent les examens correspondants dans le pays qui n'est pas leur pays d'origine. Néanmoins, le Professeur Verchery semble douter que ce type d'accord puisse facilement se mettre en place avec le Japon, parce que les étudiants de ce pays hésitent beaucoup à le quitter - même momentanément - de peur de ne pouvoir se réinsérer facilement dans les systèmes universitaire et industriel à leur retour.

Pour conclure, nous avons rappelé notre grande satisfaction vis à vis de la préparation et du déroulement de cette mission de prospection, la plupart des visites ayant été très enrichissantes et fructueuses.

Conclusion et perspectives de collaboration




En guise de conclusion à ce bilan de notre mission de prospection, nous mentionnerons tout d'abord le grand intérêt que nous avons trouvé à l'ensemble des visites. Celles-ci ont nettement mis en évidence l'importance que représentait pour l'ensemble de la société japonaise, que ce soit pour le gouvernement ou pour les grands groupes industriels, la recherche en mécanique des fluides et en turbulence. Celle-ci est en particulier largement soutenue au travers de grands programmes nationaux, comme la réalisation d'une navette spatiale japonaise, qui servent de moteur à un vaste ensemble de recherches, qu'elles soient à finalité appliquée ou au contraire sur des aspects beaucoup plus fondamentaux. Ceci est d'autant plus notable que, tant dans notre pays qu'au niveau de la Communauté Européenne, après quelques décennies particulièrement fastes, ces domaines d'études sont maintenant très marginalisés. Nous avons également ressenti une assez grande interconnexion de la recherche subventionnée par le gouvernement et de celle qui l'est par l'intermédiaire des groupes industriels, ces derniers soutenant également très souvent des recherches à vocation fondamentale.

Pour ce qui est de notre objectif premier, à savoir la recherche de possibilités de collaborations, nous mentionnerons tout d'abord le fait que cette mission a permis d'obtenir d'ores et déjà la signature d'un contrat de recherche avec le Professeur Tomita (Ship Research Institute). Nous pouvons ensuite dégager deux types de perspectives. Pour ce qui concerne l'aspect purement lié à la recherche, nous avons plus particulièrement trouvé des intérêts communs très marqués avec le groupe du Professeur Kasagi et celui du Professeur Nagano. Il semble même qu'avec le second des possibilités concrètes de collaboration puissent se dégager très rapidement, par l'intermédiaire d'un projet tripartite qui inclurait aussi l'équipe du Professeur Antonia (Université de Newcastle, Australie). En effet, nous avons déjà mené avec ce dernier de nombreuses recherches en commun ayant résulté en des publications de très haut niveau, même si cette collaboration n'a jamais été reconnue ni soutenue par un programme officiel. Pour ce qui concerne le deuxième type de débouchés qui se dégage suite à notre visite, à savoir la mise sur pied de projets de co-formation à un niveau universitaire plus large, nous avons eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises (comme à Kyoto ou à Chiba) des personnes qui ont des responsabilités importantes au niveau de leur propre administration universitaire dans ce domaine. Même si des possibilités intéressantes sont apparues, soutenues par un intérêt réciproque clairement marqué, il semble que la réalisation effective de tels projets sera beaucoup plus longue à mettre en oeuvre.

Finalement, il est nécessaire d'insister sur le fait que les chercheurs actuellement en séjours post-doctoraux devraient servir d'exemple pour le développement d'échanges d'étudiants de haut niveau - et, si possible, aussi de chercheurs confirmés - que notre laboratoire et, plus largement, notre université entendent promouvoir dans le cadre des options prioritaires des volets internationaux de leur contrat quadriennal respectif, qui sont bien évidemment étroitement liés.
 
 

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